Critique: Budori, l’étrange voyage

Rares sont les possibilités d’aller voir un film d’animation en avant-première lorsqu’on vit en province, donc quand je peux, j’en profite. C’est ici le cas pour Budori, l’étrange voyage ou Guskô Budori no Denki que j’ai eu la chance de voir en avant-première et en VOSTFR s’il vous plaît !

Produit en 2012 et réalisé par Gisaburo Sugii, Budori sort dans nos contrées après avoir été présente à Annecy l’an dernier, avec un accueil assez favorable. Et le moins que je puisse dire c’est que ce film d’animation est une surprise, une bonne surprise, mais assez inattendue.
J’ai en effet appris l’existence de ce film en allant voir les Gardiens de la Galaxie il y a 2 semaines, j’ai donc remarqué que la communication autour du film était destinée aux enfants1, je ne m’attendais donc pas à quelque chose d’aussi sombre et profond. Ce qui est loin d’être une mauvaise chose, j’aime être surpris.

Adapté d’une nouvelle de Kenji Miyazawa, Budori, l’étrange voyage nous raconte l’histoire de Budori un jeune chat vivant avec ses parents et sa soeur Neri dans la fôret de Tohoku. Alors qu’une vague de froid et de famine s’abat, ses parents décident de partir à la recherche de nourriture, ne revenant pas, ils laissent Budori et sa soeur seuls, c’est alors que Neri est kidnappée par un chat sorcier.
Motivé par la quête des siens, Budori quitte alors la maison familiale et travaille dur afin d’atteindre la ville, d’abord dans une usine de vers à soie, puis dans les rizières touchées par la sécheresse.
Une fois à la ville de Ihatov, il fait la connaissance d’une équipe de scientifique et s’adonne à la recherche sur les volcans. Il décide alors de faire tout ce dont il est capable pour protéger ses semblables et ainsi éviter aux autres ce qui est arrivé à sa famille.

Comme je le disais au début de cet article, ce film d’animation m’a surpris sur pas mal de points.

Parlons du plus évident, la technique : le film semble2 utiliser un mélange d’animation traditionnelle (sur les personnages) et de modélisation 3D (pour les décors urbains et certaines scènes), et c’est un mélange réussi3, c’est assez rare pour le souligner.
Visuellement on est donc en face de quelque chose qui, à mon avis est extrêmement inspiré par l’imagerie d’Hayao Miyazaki. La forêt de Tohoku est très proche de la forêt de Mon Voisin Totoro, la ville et les passages oniriques rappellent fortement Le Voyage de Chihiro et la mécanique « steampunk » d’Ihatov fait penser au Château dans le ciel. Est-ce un problème ? Pas le moins du monde puisque l’ensemble fonctionne bien, même si je pense que la durée du film dessert légèrement la cohérence, on aurait gagné à avoir une petite demi-heure en plus pour éviter une sensation de « décousu ».

La deuxième chose qui m’a agréablement surpris, c’est le scénario et le ton général du film. Ne vous y méprenez pas, ce film d’animation est poétique, beau, touchant, mais il est également triste. C’est un peu comme si le Royaume des Chats rencontrait le ton grave de Princesse Mononoké, c’est assez inattendu (mais pour le coup, le marketing autour du film n’a pas aidé à mon avis) mais c’est une très bonne chose puisque tout ceci est très bien amené. Pas question de vous arracher une larme dans de grandes scènes d’émotions, tout est suggéré de manière subtile et on glorifie l’esprit de sacrifice très japonais dont fait preuve le héros envers ses semblables.

La bande originale quant à elle fait très bien le job, j’aurais du mal à ne pas vous dire qu’on y ressent une influence de Joe Hisaishi, mais je ne suis pas expert donc contentez-vous de me croire quand je vous dis qu’elle est sympathique.

Bref, Budori l’étrange voyage est une bonne surprise et c’est un petit bijou de poésie, dans la lignée d’un Miyazaki ou d’un Takahata, oh bien entendu on est encore loin du génie de character design ou de réalisation, mais on a une base solide, un film d’animation appréciable, poétique et surprenant.
Foncez, mais si vous êtes un peu émotif, préparez les mouchoirs, les chats aussi peuvent vous envoyer des FEELS plein la figure.

Foncez-y, et bon film !

  1. Je ne reviendrais pas là dessus mais il est évident dans nos contrées que animation rime forcément avec jeunesse. A tort bien entendu, mais c’est pas le sujet.
  2. Je n’ai pas réellement trouvé d’informations sur le sujet donc vous devrez me croire sur parole mes talents de dessinateur et moi.
  3. Et ce n’est pas donné à tout le monde. N’est-ce pas [Sailor Moon Crystal](http://sailorderpcrystal.tumblr.com/) ?

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