Katawa Shoujo: l’amour est aveugle, ou sourd, ou manchot

Ah Katawa Shoujo, les otaques de première classe savent probablement déjà de quoi je vais parler et rigolent déjà à l’idée de lire mes déboires et mes ressentis sur ce « jeu » d’un genre spécial dont je pourrais résumer l’expérience à DES FEELS.
Pour les sain(e)s d’esprits qui ne savent pas ce qu’est Katawa Shoujo, je vais essayer de présenter rapidement la chose. Et pour ceux qui savent, vous pouvez scroller ou lire et m’engueuler sur Twitter si je dis des conneries.

Pour faire court (et parce que j’ai pas foncièrement envie de faire une copie carbone des articles déjà existants), Katawa Shoujo est ce qu’on appelle un visual novel (comprenez l’équivalent vidéoludique des « romans dont vous êtes le héros ») à tendance dating sim (comprenez…simulateur de drague/petite amie/saykse (rayez les mentions inutiles)).

Le scénario est simple, vous incarnez Hisao Nakai qui a été diagnostiqué avec une arythmie cardiaque suite aux confessions d’une camarade de classe, après un séjour à l’hôpital, il est envoyé à l’institut Yamaku. Institut qui a la particularité d’accueillir des élèves handicapés. Vous commencez à voir où je veux en venir ?

Vous lisez bien, c’est un jeu de drague où le héros est cardiaque et dont le but est de draguer des handicapées. Si vous avez un tant soit peu de cohérence vous vous dîtes que seuls des esprits fous pourraient concevoir un tel jeu, et vous auriez totalement raison. En effet, le jeu a vu naissance sur…4chan. Oui oui le même 4chan qui trolle des adolescents aléatoirement et fout un bordel monstre dès qu’il s’agit de défendre des chatons sur les Internets1.

En fait, tout est parti de ce concept art (ici traduit du japonais). Evidemment, c’est une idée intéressante, et ÉVIDEMMENT c’est légèrement borderline donc FORCÉMENT 4chan a kiffé.

C’est ainsi que naquît en 2012 la version complète de Katawa Shoujo, produit par 4LS (4 Leaf Studio (tu le sens le clin d’oeil rigolo ?)), gratuitement, au départ en anglais mais par la suite disponible en français sur le site officiel. La VF est convenable, pas incroyable, mais convenable, sachez juste que si vous tenez à faire le jeu en VO (anglais donc) veillez à ce que votre compréhension de la langue vous évite d’être en mode « déchiffrage » permanent à la lecture des dialogues. Parce que du texte, vous allez en lire. Des tas. Bien que le vocabulaire ne soit pas très étoffé, c’est cependant toujours mieux de ne pas avoir à réfléchir pour comprendre pendant que l’on joue.

Concrètement, le jeu nous propose un premier Acte qui sert d’introduction et de pré-détermination à la route que vous prendrez, route qui correspond à l’une des 5 filles que le jeu vous propose. Chacune est plus ou moins calquée sur des clichés récurrents ainsi on retrouve pêle-mêle une athlétique sans jambes Emi, une peintre manchot Rin, une sourd et muette Shizune, une grande brûlée Hanako et enfin une aveugle-distinguée Lilly.
Chaque route est ainsi écrite par un auteur différent, permettant d’avoir quelque chose de très varié (mais inégal, on y reviendra) au niveau du scénario. Au total vous pouvez compter entre 3 et 5 heures pour chaque route (Environ 5h la première fois et facilement 1h de moins si vous skippez les textes déjà lus).

Et c’est là qu’on touche au coeur du fonctionnement des dating sim, vous allez être l’acteur d’une théorie des cordes grandeur nature : votre héros va être un gigolo essayant de se taper la moitié de la classe. Ce n’est en effet pas clairement « vendu » avec le jeu, mais ce dernier comporte des scènes de sexe qui comme toute les romances du jeu sont (étonnamment) tout sauf « beauf » comme on pourrait s’y attendre. Maladroites, parfois mignonnes ou gênantes mais toujours un minimum réaliste et intégrées à la romance qui s’installe dans chacune des routes.
Si d’aventure vous n’êtes pas là pour ça (grands fous) elles se désactivent mais elles tiennent plus du ecchi que du hentai, et ce n’est pas plus mal.

Et là où Katawa Shoujo est maléfique (ou génial c’est selon) c’est qu’il va vous laisser un sentiment étrange au moment de démarrer votre 2ème partie : passée la première route correspondante à la fille que vous préfériez (ou sur laquelle vous êtes tombés au pif, c’est selon), vous aurez (ou pas?) l’impression de la tromper en allant dans une dimension où elle ne semble même pas exister. Et ça va arriver quatre fois. De. Suite. Honnêtement, si vous vous impliquez un peu trop émotionnellement (un peu comme moi en fait) vous êtes voués à vous rouler en position foetale un bon moment.

Parlons du coeur (ah!) de la chose, mon avis sur les différentes routes, classées par « préférence », mon ordre d’exécution étant totalement différent2. Inutile de préciser que vous entrez en terrain SPOILERS, même si normalement je « spoile » plus le « caractère » des routes que leur contenu. Mais venez pas pleurer pour autant si vous avez la surprise gâchée.
Un cookie à ceux qui reconnaîtront tous mes références musicales dans le titre des sous-parties par ailleurs.

Lilly – See You

Ah Lilly, placez moi dans la case « gros otaku dégeulasse subjectif »6 si vous le voulez mais la route de Lilly était un peu l’apothéose qui a terminé ma run de Katawa Shoujo sur une note complètement folle. Parlons d’abord du personnage de Lilly, grande, belle, blonde, yeux bleu, aveugle, Ecossaise, raffinée : un combo qui (cliché à mort mais j’assume) a déjà beaucoup de mal à me laisser indifférent alors quand EN PLUS le personnage n’a pas une histoire mauvaise et un caractère plutôt sympathique, je dis BANCO LES ENFANTS.

La route de Lilly verse à ce point dans le cliché de « l’amour flamboyant aveugle fleur bleue » qu’il y a deux réactions possibles, soit vous détestez parce que c’est niais, incohérent et rose bobon, soit vous êtes une midinette qui s’ignore comme moi et vous fondez. À. Chaque. Putain. De. Scène. C’est cliché mais tellement adorable que je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ça irrésistible. C’est probablement la route dont les scènes « physiques » sont les plus mignonnes/subtiles tout en gardant une certaine diversité (dont une relativement « évidente » mais c’est une nice touch (huhu) comme disent les anglais).
Si on mets de côté cet aspect « mignon » qui est relativement subjectif, la route a pour elle d’être celle qui exploite vraiment les faiblesses cardiaques du héros (ces dernières sont un élément central du plot twist final d’ailleurs), ce dernier a un coeur fragile et Dieu sait qu’il sera malmené pendant cette route.

Bref, soit vous adorez, soit vous détestez, mais difficile de rester indifférent au raffinement, à la classe et à la malice de Lilly ? Comment ignorer sa soeur Akira qui a probablement le prix du meilleur personnage secondaire du lot ? IMPOSSIBLE.

Hanako – Through The Fire And Flames

Situons le contexte, Hanako est la seule survivante d’un incendie survenu étant petite dans la maison familiale, ce qui en plus d’un trauma social assez conséquent lui a laissé la moitié du corps sévèrement brûlée. Hanako est LE personnage qui va vous faire ressentir ce sentiment de « Je suis désolé, bordel viens là dans mes bras que je te câline, là ça va aller », bref, une Woobie digne de ce nom.

Étant à la base déjà très réceptif à la mignonceté, cette route a fini de m’achever et a eu du mal à me laisser indifférent, et je dois admettre qu’elle est plutôt sympathique…la route. On y voit Hanako évoluer doucement, qui apprend à gérer son trauma ainsi que sa timidité extrême et j’ai eu du mal à retenir un sourire béat quand enfin elle s’ouvre aux autres

C’est donc assez logiquement la route qui (selon moi) joue le plus sur le côté « mignon/gênant » d’une relation amoureuse, nos deux tourtereaux se cherchent, s’apprivoisent de manière incertaine et quand il s’agit de voir le loup… [MALAISE INTENSIFIES];.

En effet, de part la timidité extrême d’Hanako, la scène de sexe est assez « confuse », « En a-t-elle envie ? Bah, elle a pas dit ‘non’, mais elle a pas dis ‘oui’ non plus » comme si les FEELS n’avaient pas été assez éprouvés pendant toute la route qu’on te balance une culpabilité à la tronche à la fin. Rajoutant le fait qu’Hanako est la fille la moins sexuée du cast, rendant cette scène érotique encore plus gênante qu’elle ne l’est déjà.

Malgré un background qui aurait gagné à être un peu plus exploité, cette route est vraiment chouette et m’aura achevé à coup de mignonceté démoniaque. Katawa Shoujo, tu as fait de moi un conteneur à FEELS qui déborde, c’est pour ça que je te hais et t’adores en même temps.

Rin – Hold Me In Your Arms

Rin est née sans bras, du moins on le suppose vu que le jeu ne nous explique rien à ce sujet. Mais Rin est également une artiste peintre, et réfléchit au monde qui l’entoure, BEAUCOUP. Rin est typiquement le personnage qui ne comprend pas très bien ce qui l’entoure, et dont on se demande souvent si elle se comprend elle même quand elle part dans ses délires philosophiques. Sa route est conçue pour être la plus compliquée à atteindre et à réussir, et c’est compréhensible vu le personnage.

Le parcours est donc jonché de « je-t’aime-moi-non-plus » de distance, et d’art, la relation amoureuse y est plus mesurée, plus tatillonne, moins avouée et assumée peut-être.
C’est probablement la route la plus minée et la moins facile à appréhender du lot, j’étais sans arrêt parano et douteux pendant son run. Mais c’est aussi la plus cohérente du lot. Semée d’embûches, incertaine à l’image de la relation entre Hisao et Rin, cette route prendra souvent au dépourvu avec sa logique bien à elle.

Un peu distante la miss Rin, mais l’ensemble tient le coup et j’appréhendais un peu la direction du scénario quand le pan « Auto Destruction » était abordé, mais les auteurs ont eu l’intelligence de rester relativement soft sur ce sujet-là, pour ne pas rendre plus gênant une situation déjà embarrassante.
Bref, il y a quelque chose, l’ensemble fini plutôt bien et le cahier des charges des FEELS est parfaitement rempli. Would cry again.

Emi – Easier To Run

Emi a perdu ses jambes suite à un accident de voiture (et apparemment son père en bonus) et cache très bien son jeu. La loli du groupe est…la plus âgée et sous ses airs innocents et bon enfant se cache un côté pervers assumé. Pour faire simple she takes it in the ass, avec un peu de citron (ceux qui ont fait la route comprendrons, je laisse la surprise aux autres).

Je pense qu’Internet entier est unanime, la route d’Emi n’est pas terrible, mais ironiquement c’est celle que j’ai eu en premier. Bon, il faut dire que je ne mettais pas spécialement du coeur à l’ouvrage (ah!) vu que j’y allais un petit peu en cochant des choix aléatoirement.
Emi est, comme dit plus tôt, l’incarnation de la fille sportive, énergique, rigolote mais qui devient instantanément cassante dès qu’on essaie d’aborder son passé ou pire de l’aider. Essayez de jouer le « chevalier blanc sur son destrier » et vous pouvez être sûrs de vous prendre le mur avec Emi.

La miss a sa fierté bien à elle et vous le fera savoir tout le long de la route, l’un des meilleurs moyen d’avoir la « bad end » est d’aller faire le petit-ami-collant lorsqu’une dispute éclate entre elle et sa mère, ça change un peu et ça prend à revers la logique qu’on pourrait attendre de ce genre de scénario, et c’est pas plus mal.

Shizune (et Misha) – Girl Talk

Shizune est sourde et muette, et HEUREUSEMENT BORDEL, si elle parlait réellement, son sale caractère et son tempérament tyrannique ferait passer Hitler pour un bisounours anarchiste. Sérieusement. Vous l’aurez compris, la route de Shizune est loin d’être ma préférée, pourtant c’est pas faute d’y avoir mis de la bonne volonté. Je suis assez réceptif au cliché du personnage féminin à lunettes à la base donc je me dis « Pourquoi pas ? », mais c’était sans compter sur plusieurs gros soucis.

Premièrement, le personnage de Shizune et son côté dominant/dominé est…chiant ? Bon, non, pas vraiment, ça apporte quelque chose mais je sais que l’aspect « protocolaire » de la relation avec le héros est limite décrédibilisant
Je veux dire, dans quel monde c’est censé être « sympa » à jouer une relation où tout se passe comme le remplissage d’un formulaire administratif ?

Deuxièmement, les personnages secondaires (la famille de Shizune) amenés par la route sont…mi-figue mi-raisin, entre le frère trap-shota aux agissements robotiques et le père dont l’arrogance transpire tellement par tous ses pores qu’on pourrait remplir une PUTAIN DE PISCINE D’ARROGANCE. ET ORGANISER LES MONDIAUX DE NATATION DEDANS. AAAH.
Troisièmement, le côté « pilote automatique » de la route, bon à la limite c’est cohérent avec l’aspect « protocolaire » de la relation avec notre Grande Muette mais quand même, vous aurez deux choix à faire dans la route de Shizune, et les deux seront des choix franchement salauds. Pour séduire Adolf-Shizune-Hitler vous devrez être un salaud de la pire espèce avec des tendances masochistes. AMBIANCE.

Bon, y’à des bons côtés, du fait de sa condition, les interactions avec Shizune se font à 80% du temps avec Misha (son interprète) qui a fait des foreuses son mode de vie capillaire et QUI PARLE SANS ARRÊT COMME ÇA et…qui est plus intéressante que Shizune elle-même. En fait, sous ses apparences d’ombre de Shizune se révèle un perso qui a aussi ses sentiments, ses envies et ses désirs, et le jeu vous le fait bien comprendre en installant un triangle amoureux (mais probablement pas celui auquel vous pensez) qui je pense aurait dû être exploité un peu plus.

En bref

Pour quelqu’un comme moi qui n’avait jamais fait de visual novel ou de dating sim, Katawa Shoujo était une expérience…intéressante. Une qualité littéraire et des FEELS assez étonnants, surtout quand on connaît l’origine du phénomène. Si vous êtes un tant soit peu sensibles à ce genre d’univers, essayez, si vous n’avez jamais fait de visual novels, essayez, si vous en avez fait, essayez, si tout ceci vous semble complètement cons…Attendez vous lisez encore ? Eh ben.
Plus sérieusement, Katawa Shoujo c’est une expérience intéressante à faire, si vous avez les FEELS bien accrochés, que vous êtes curieux et que vous avez la barre d’espace bien accrochée : Foncez me récupérer ça.

Si vous voulez encore lire sur le sujet, je vous remets le très bon article de La Chronique Facile qui raconte mieux que moi les origines du bazar ainsi que l’article de Concombre qui m’a pas mal aidé (l’article, pas Concombre :D) dans la rédaction de l’article que vous finissez de lire.

  1. J’ai rien contre la défense des chatons, j’ai moi même un chat sur les genoux à l’heure où j’écris cet article *#PointNadineMorano*
  2. J’ai suivi un ordre à base de Emi -> Rin -> Shizune -> Hanako -> Lilly, que je pensais (naïvement) pas mal pour équilibrer les FEELS, naïf que j’étais.
  3. Je fais genre je connais des mots savants et tout mais en réalité j’ai appris ce mot en lisant d’autres articles sur Katawa Shoujo, eh.
  4. ET SI ÇA TE FAIS RIEN T’AS AUCUNE RACE VOILÀ. SANS COEUR VA (Oui il va y avoir beaucoup de footnotes dans cet article, pourquoi ? PARCE QUE JE PEUX)
  5. Ivre, il parle de la crédibilité d’une relation amoureuse dans un Visual Novel.
  6. Attendez, vous pensiez encore trouver de l’objectivité sur ce blog ? Mouahahaha.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *